"L'Enfant Jaguar" : les histoires racontées
(Image trouvée sur internet, si problème de droits me contacter)
J’en ai travaillé cinq. Quatre (deux courtes et deux longues) qui sont dans le spectacle, et une autre, plutôt amusante, qui s’adresse plutôt à des enfants et n’a pas trouvé sa place dans le projet et que je raconte à d’autres occasions.
La première, d’origine huaorani, « l’Arbre aux poissons » revient sur l’histoire de deux frères et d’un arbre merveilleux (je n’en dirai pas plus, mais le titre est un indice !). Comme souvent dans les histoires, les deux frères sont dissemblables en tout point. L’un est bon, l’autre rongé par un mal prenant l’aspect d’une frustration et d’une avidité sans borne. Une manière de nous rappeler, à nous lointains descendants de cette fratrie, que nous avons en nous les mêmes facettes qu’eux et que notre rapport à la Vie dépend du frère que nous laissons vivre en nous. Et pour l’heure, au vu de l’état du monde pas besoin de chercher longtemps lequel des deux est le plus écouté…
La deuxième est un mythe guarani sur la création de la terre et de l’Homme. Une succession de métamorphoses et d’incarnations diverses de dieux jusqu’à la création de notre premier ancêtre. Au début d’un travail, on ne sait jamais trop pourquoi nous racontons une histoire. Il m’a fallu un bon moment pour comprendre que sous l’aspect du mythe vivait un enseignement très profond sur la question de « comment vivre sur cette terre ? » que je trouve d’une actualité sidérante. Beaucoup de rêves et de songes aussi, comme si nous étions nous-mêmes rêvés et que la tessiture des rêves était plus « vraie » que ce que nous appelons « réalité ». Un voyage initiatique qui s’écoute comme un grand livre de métamorphoses.
Le troisième est celui dont le spectacle porte le titre : « l’Enfant jaguar ». L’initiation chamanique quechua d’un jeune garçon de 8 ans. C’est âpre, beau et profond et cela nous enseigne aussi. On y retrouve les principaux motifs des grands contes : la forêt, l’enfant seul et perdu, la relation initiatique à ce qui l’entoure et le sauvera.
Pour terminer, la dernière histoire « Kaametza la première femme » résonne pour nos oreilles occidentales comme une malice. Car dans cette histoire, ce n’est pas l’homme qui crée la femme d’une de ses côtes, mais… l’inverse ! Pour l’anecdote, ces deux premiers humains créeront la première lueur de notre monde en s’unissant charnellement… C’est un mythe ashaninka.
Si la première histoire est pensée comme une introduction, les trois autres sont présentées comme la contée d’un vieil homme chamane et dépositaire du « Grand Parler » dans une maison commune au cœur de la forêt. Tout autour, les bruits nocturnes de la grande Selva.
Toutes ces histoires témoignent d’une relation disons : « animiste » au monde que nous avons perdue, dans laquelle tout est relié et interagit : bêtes, hommes, végétaux.
Pensant à ces histoires alors que je me promenais en forêt, une phrase m’est venue comme soufflée par ce qui m’entourait :
Oui, certaines histoires sont les témoins vivants d’un monde oublié dont notre âme a tellement besoin.
Autrement, le travail sur « l’Enfant jaguar » progresse bien. La structure a trouvé sa forme presque définitive, les histoires ont leurs tempos, la musique et les chants sont presque achevés.
J’ai fait un premier filage pour ma compagne et joué une des histoires du spectacle il y a peu à l’occasion d’une « scène ouverte » lors d’une « journée de printemps » organisée par une amie. De toute évidence, dans les deux expériences, les histoires semblent toucher loin et profond. Ce qui tombe très bien, puisque c’est ce que j’avais en tête… La première de « l’Enfant jaguar » aura lieu début mai à la maison pour les amis. J’ai encore du travail d’ici là, mais je suis plutôt confiant.


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